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L’Algérie indépendante apprend à faire du Tourisme

On doit respecter le passé sans pour autant négliger l’avenir

Brad Herzog

Piscine Complexe Touristique Sidi FredjLes années soixante-dix, l’âge d’or du Tourisme algérien

L’Algérie a connu 3 phases importantes pour le secteur touris­tique, celle de 1970-1981, où le pays avait appris à faire du tou­risme, celle de 1982-2008, une longue période où il a désappris à faire du tourisme, puis à partir de 2008 à nos jours, où l’Algérie est en train de réapprendre à faire du tourisme dans la durée, avec une ligne d’horizon en 2030. Il y a eu, néanmoins une éclaircie de 1986 à 1990, sous la houlette du regretté Mohamed Salah Men­touri, vice-ministre du Tourisme et homme de Culture. C’est le temps, presque d’une génération à laquelle il faudrait enseigner une pédagogie touristique et inculquer une culture touristique (civisme, salubrité, géographie, histoire, arts, protection de l’en­vironnement, vivre-ensemble …)

Phase de 1970-1981

L’Algérie touristique a connu 3 phases celle que je désignerais en tant que décennie prodigieuse 1970-1980, c’est la résultante de la Charte du tourisme· de 1966, élaborée sous la direction d’un grand ministre visionnaire et clairvoyant en l’occurrence Abde­Iaziz Maoui. Il avait fait appel à un architecte de génie, Fernand Pouillon, qui avait opté pour la religion musulmane avant l’indé­pendance, puis juste après, il s’était naturalisé Algérien, pour construire les fameux grands complexes balnéaires de Moretti, Sidi-Fredj, Zéralda, Tipasa Club-Med et Matares, de même que Ies Andalouses-Oran.

Oasis-Bou Saada-Hotel-Kerdada-dztourismeDans cette liste, nous citerons encore Les Hammadides-Tichy, El Mordjane-El Kala ainsi que Le Rocher Seraidi rebaptisé El Mountazah, Le Plaza International de Annaba dénommé Seybouse, par la suite Les Zianides-Tlemcen.

La boucle des oasis.

Enfin d’autres hôtels Sahariens, étapes jouissives, de la boucle des oasis · (Le Caïd de Bou-Saada, Les Ziban de Biskra, Le Souf d’El-Oued l’Oasis de Touggourt, Le Mehri de Ouargla, Les Rostémides de Ghardaïa et celle de la Saoura (El-Boustène d’El-Golea, Le Gourara de Timimoun, Le Rym de Béni-Abbés, le Antar de Bechar, El¬Mekhter d’Ain-Sefra, Le Marhaba de Laghouat). Viendront après Le Touat d’Adrar et l’hôtel communal de Taghit, sans dénomination de 1974 à 2014, année de sa modernisation par la chaine El¬Djazaïr-Saint-Georges, qui lui ôta la « mention SNP », en lui attribuant l’appellation « La Saoura ». Deux circuits touristiques très prisés par la clientèle internationale, à l’époque (70% du volume global des flux touristiques reçus) Au cours des années 1973-1977 nos complexes balnéaires étaient complets, chaque été grâce à la venue de nombreux charters de touristes Suédois, Hollandais, Britanniques, Belges, Français, Suisses et Italiens. L’Espagne franquiste ne nous envoyait pas de touristes !

Les hôtels du Sud ne désemplissaient pas durant toute l’année même en été ! Avec de grosses pointes, pendant les vacances d’hi­ver, de printemps, les longs week-ends de Pâques, de la Pentecôte de l’Ascension, en avril et mai. Beaucoup venaient par bateau de Marseille avec leur véhicule, sur le Napoléon, le Liberté ou le Corse, en ayant opté pour les produits touristiques ATA, puis Al-Tour, les fameux Open-Road qui consistaient à faire la boucle des Oasis par route, les clients recevant leurs vouchers (bons d’échange d’hôtels) à l’arrivée au port. A Alger, les restaurants-bars, Novelty, Milk bar, Bristol, Coq Hardi, Kenko, Bora Bora, République, les ­Ailes, voyaient leurs terrasses bondées de touristes. D’autres s’as­seyaient sur les escaliers de la Grande Poste, profitant des rayons du soleil, sous l’œil incrédule de l’agent de police, qui dans sa guérite, régulait la circulation au carrefour !

Complet six mois à l’avance !

On refusait du monde, à cette époque, car nous étions complets au Sud comme au Nord, six mois à l’avance ! L’Algérie était au diapason de la Tunisie de Bourguiba, du Portugal du dictateur Salazar, de la Grèce des colonels, du Maroc de Hassan II, et mieux lotie que la Turquie des généraux, et la Croatie de Tito ! Nous étions très fiers, à Sonatour, ATA et AlTour et il y avait de quoi l’être ! Suite aux compliments, encouragements, félicitations, que nous recevions en ce temps-là de la part de nos partenaires étrangers.

Affiche du film Les vacances de l'inspecteur TaharLe film « Les vacances de l’inspecteur Tahar », de Moussa Haddad, tourné en partie, à l’hôtel « Les Sables D’or Zeralda », 4 étoiles jadis, aujourd’hui décrépi, est là, pour témoigner de visu. Les nombreux touristes étrangers n’étaient pas des figurants mais des vrais ! ». On y voit également le superbe Hôtel le Caïd Boussaâda (4 étoiles), mais depuis longtemps vétuste puis brulé en partie par les infrahumains des années 90. En automne 2013, bien rénové, par la chaine Saint-Georges, qui avait fait preuves, avec l’ancien Transat en ruines, bien réhabilité, dix ans avant et renommé Kerdada.

Les tour-operators (partenaires étrangers).

Les tour-operators qui publiaient notre destination étaient le géant Britannique n°1 Thomson Holidays, l’autre géant Allemand Conseils (France), Orion-Reisen (RFA), Air-Tours-(Suisse), Sunair (Hollande), Trivsel Resor (Suède) Lomamatka (Finlande), Transair (Belgique), Soleil-Voyages, Climat-Oitt (France),VVF (villages vacances familles)-France, Cotrel Montpensier (France), Zénith (France), Transitalia (Italie), Cédok (Tchécoslovaquie), Orbis (Pologne), Intourist (URSS), lbusz (Hongrie), CVJR (coopératives vacances jeunesse rurale), Occaj (France), Grandes Vacances (France) et beaucoup d’autres !

Une précision, le tour-opérateur finnois Lomamatka, nous envoyait en plein hiver des touristes seniors du troisième âge, qui sé­journaient à l’hôtel La Baie Tipasa Matarès ; Ils prenaient des bains de soleil et faisaient du tourisme culturel (Ruines romaines, Tipasa, Cherchell, Casbah) Naguère, on savait bien accueillir dans nos aéroports d’abord, ensuite dans nos hôtels, restaurants, le service était bon, le tout était adossé à une culture touristique ambiante, qui a disparu de nos jours, depuis belle lurette, malheureusement ! L’Algérie avait appris à faire du tourisme.

Phase de 1982-2008

Maintenant, j’aborde la deuxième phase, la plus longue et surtout, celle de la décrépitude, voire de la déliquescence annoncée. En effet entre 1981-1986 le tourisme national aura vécu une période déclinante ; elle sera suivie d’une embellie furtive de 1986 à 1991. Malheureusement elle sera non seulement de courte durée mais elle sera suivie par les terribles années de la décennie noire. Celle-ci s’étalera de 1992 à 2003. Les pouvoirs publics se mirent aux abonnés absents. Aucune rénova­tion d’hôtels sénescents, avachis, plus aucune nouvelle construction depuis 1982 ; aucun plan de formations de qualité, plus de promotion attractive à l’étranger. Ironie du sort, c’était le terrorisme, qui en faisait la promotion, mais d’une manière macabre, durant la décennie qui sera sanglante !

Said Boukhelifa

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